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Le fabuleux voyage de Georges-Adrien

Courir son premier 100M à l’UTMB, c’est un peu comme honorer sa première sélection en finale de coupe du monde : on a très envie d’y être et en même temps, ça fait peur… C’est la chance que j’ai eue cette année, lorsqu’en janvier je reçois la joyeuse et inquiétante nouvelle : je serai au départ de l’Ultra-Trail du Mont Blanc le 28 août à Chamonix. S’en suit une longue et montagneuse préparation pleine de plaisir, de beaux paysages et de rencontres avec les hommes, les femmes et les bêtes de la montagne.

Puis arrive le jour-J, celui où je me lance dans le plus grand défi de ma vie sportive : 174km, près de 10.000m de dénivelé positif autour de la montagne qui me fait tant rêver, depuis la ville où je passe toutes mes vacances depuis l’enfance. Tout prend son sens : comme on me l’a dit en fin de prépa « c’est maintenant, c’est maintenant, c’est maintenant. »

Après un report du départ (« c’est maintenant… mais dans 2h ») pour éviter les orages, le start est donné au son de l’émouvant Conquest of Paradise. Les intempéries sont évitées, le ciel se dégage progressivement et le soleil couchant donne à la montagne de magnifiques couleurs orangées jusqu’au Col de Voza. Pendant 33kms on a l’impression d’être sur un grand marathon : du monde, du monde, du monde ! Tous les villages sont dans les rues pour encourager les traileurs, ça porte.

Finalement ce n’est peut-être pas une si mauvaise idée ce départ décalé de 2h…

Au bout d’une quarantaine de kms (qui m’en ont paru 10 tellement c’est passé vite) et après une première zone d’assistance où je me change pour la nuit, le calme s’installe brutalement. Nous venons de passer Notre-Dame de la Gorge, dernière fan-zone. La nuit est bien entamée, les frontales s’allument en rouge (pour éviter de trop perturber la faune sauvage), les nuages s’écartent et la pleine lune scintille au-dessus du col du Bonhomme : c’est magique.

La nuit se poursuit bien pour moi : après un dernier ravitaillement français aux Chapieux, j’entame la longue montée du Col de la Seigne, porte d’entrée vers l’Italie. Une fois le col franchi, premier ravitaillement italien au Lac Combal. J’ai été bénévole là-bas il y a 2 ans sur la TDS, on me reconnait et on m’accueille chaleureusement. Après près de 70kms de course, je me sens encore très bien. Les premières grandes ascensions ne m’ont pas trop entamé physiquement, la solitude de la nuit m’a fait beaucoup de bien et je retrouve une nouvelle tête connue sur l’arrête du Mont Favre. Puis c’est la descente jusqu’à Courmayeur, point chaud de l’aventure au kilomètre 80. A partir de là commence véritablement la course, celle qui permet de rentrer à Chamonix (dans 90 kms tout de même).

Après un changement de tee-shirt qui me permet de revêtir les jolies couleurs du RCB, j’attaque la montée du refuge Bertone, pas longue mais raide et irrégulière. Mes expériences ardennaises me permettent de la gravir sans grande peine, puis vient la plus jolie partie du chemin : la traversée en balcon du Val Ferret avec vue sur les plus beaux sommets du massif : outre le Mont Blanc, on voit les Grandes Jorasses, muraille en dentelle de roche de plus de 1.000m où s’écrit encore aujourd’hui l’histoire de l’alpinisme, et la Dent du Géant, magnifique aiguille rebelle qui pointe fièrement sur le côté. Avec le soleil qui monte doucement et de rares nuages qui se dissipent, c’est somptueux.

Tel Marc sur la piste des 3 Tilleuls, le Mont Blanc me surveille attentivement…

Dans l’ascension du Grand Col Ferret avec au fond le Mont Dolent (la plus haute montagne de la photo), marquant la frontière entre la France, l’Italie et la Suisse

Le périple italien se conclu après l’ascension du Grand Col Ferret, franchi assez tôt dans la matinée. La longue descente qui s’en suit me permet d’entamer la traversée du 3ème pays : la Suisse. Puis une montée sèche où je suis accompagné par Arthur et Félix m’emmène à Champex-Lac où m’attend mon équipe d’assistance (qui s’est même installée au banc des élites). Presque 130kms de course, il fait beau, je suis en avance sur mes temps de passage. Bref, tout va toujours bien : je repars.

La vie est belle quand on a la chance de courir avec les copains sur la course de sa vie !

Vient ensuite une portion technique d’une quinzaine de kilomètres (montée à l’alpage de Bovine, descente au col de la Forclaz puis à Trient) qui m’émousse bien physiquement : la journée commence à être longue. Malgré tout je continue ma remontée au classement et entre dans le top-100 de la course.

Après le ravitaillement de Trient que j’expédie un peu trop vite, les jambes commencent à souffrir… Une grosse crampe se déclenche dans mon mollet droit : les montées en marchant sont gérables mais dès que je remets du rythme pour courir, les chocs déclenchent des douleurs très vives. A tel point que je crains l’abandon… Quelques coups de fil à des amis et étirements me rassurent, le mental reste mobilisé (je profite de cette baisse de régime pour bien manger en vue de la suite). Physiquement, je gère tant bien que mal la descente jusqu’à Vallorcine en étant doublé par de nombreux concurrents. Là-bas, ma brillante assistance me retape intégralement pendant 20 minutes, à base de citron à croquer, bouillon sur-salé, saucisson un peu mou et fromages locaux. Le but : ingurgiter un maximum de sel pour maîtriser cette vilaine crampe et finir proprement. Après tout, même s’il ne reste « que » 16 kilomètres et 800-900m de dénivelé, la course n’est pas terminée et il y a encore de belles choses à aller chercher…

Un peu avant la crampe… ça commence à devenir dur, mais c’est toujours aussi somptueux

La pause fut salvatrice, je repars tête haute, en courant, et avec une forte envie d’en découdre (ou d’en finir, je sais plus trop). Ça tombe bien, je suis dans la vallée de Chamonix maintenant, dans mon jardin. Le corps souffre toujours mais cette fois-ci le mental a clairement le dessus, et le mien est fort ! Premières côtes faites tambour battant jusqu’au Col des Montets et à la Tête du Béchar. La descente suivante est technique, j’y vais doucement pour ménager mes jambes et surtout éviter les faux mouvements. Enfin c’est l’ultime ascension en direction de la Flégère : le rythme se met progressivement en place et je reprends des concurrents dans les dernières rampes. Dans la descente, je rallume la frontale, me concentre sur ma foulée et galope (enfin de mon point de vue) jusqu’à Chamonix.

A l’entrée de la ville, je retrouve tous ceux qui m’ont suivi et encouragé depuis hier soir (moi j’ai l’impression d’être parti il y a 1 heure, ça passe vraiment trop vite…) et la magie du finish opère. Les douleurs disparaissent complètement, le dos se redresse, le ventre se gaine, la tête se relève, les bras se balancent en rythme, la foulée s’allonge… On oublie les 172 kilomètres au compteur, on profite (parce qu’après ça sera fini) et on boucle la boucle sur la mythique place du Triangle de l’Amitié.

Derniers mètres avant la ligne, enfin (et déjà !)…

Résultat : pour mon premier 100M et mon premier UTMB, 25h41’13 (contre un objectif initial de 30h, devenu 28h en août, puis 26h pendant la course), une 120ème place, des élites hommes et femmes remontés en pagaille, une immense fierté vis-à-vis de ma prépa que j’ai planifiée tout seul, en sollicitant quelques conseils de Virgile. Et le plus important : des étoiles plein les yeux, une myriade de souvenirs inoubliables dans une course où j’ai ressenti une énergie que je n’avais jamais sentie ailleurs.

L’arrivée en direct sur RCB TV

Quand petit j’ai découvert l’UTMB, je pensais qu’il fallait vraiment être un très grand sportif pour boucler un effort pareil. Si j’avais su à cette époque…

PS : content d’avoir appris sur la ligne de départ que Victor et Mathilde ont adopté un chat : 3 encouragements valent mieux que 2.

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Réflexion sur l’UTMB