Nos membres sont exceptionnels! (2/4)

L’inattendue Crazy Loops Val d’Ysère de Julie Montoisy

Qualitatif qui répond bien aux rouages de cette course. Elle n’était pas prévue au programme mais j’aime l’inattendu et j’adore transformer une envie, une suggestion, en une réalité. Résultat, quand je reçois un message d’une copine le 7 juillet qui me demande si je suis intéressée à reprendre un dossard, je dis oui sans même savoir dans quoi je m’embarque. Je n’en aurai d’ailleurs conscience que la veille du départ ;-)

Le Marathon des Sables, je connais ; on en rêve de loin ; à ces courses emblématiques dans des déserts et paysages à couper le souffle. Leur organisation est rodée mais jamais je ne pensais me retrouver au coeur de l’une des aventures qu’ils mettent en place. Leur concept me semblait inaccessible pour plusieurs raisons, avec un frein financier, il faut se l’avouer.

Le concept de Crazy Loops, c’est un format d’accessibilité à l’Ultra qui m’a plu d’emblée. Il est question de combiner le plus de boucles de 3 à 5km environ sur un délai de 24h. Le tout, en montagne, dans un cadre sécurisé, encouragé.e.s par une équipe de supporters qui t’en mettent plein la vue tout au long du parcours. Pour détailler ce concept d’accessibilité, il s’agit d’évènements sportifs orientés course à pied et ouverts à tous, quel que soit ton niveau. L’occasion de se tester sur une longue distance tout en gestion. Pour avoir réalisé à quel point de nombreux coureurs sont mis sur la touche lors des inscriptions aux courses de longues distances qui mettent en place des barrière horaires parfois très serrées, j’ai été séduite par ce concept : tu as 24h, à toi d’en tirer le maximum de toi-même, avec cette petite touche de gestion du mental supplémentaire : s’arrêter ou repartir après une ou plusieurs boucles, telle est la question que chacun peut se poser chaque 3-5km. Et dieu seul sait qu’il n’est pas toujours simple de repartir, un arrêt peut rapidement engourdir les membres et ébrécher le mental quand le corps se refroidit.

Pour en revenir à cette édition 2026 dans le Val d’Ysère, la première édition dans cette vallée, rien de mieux qu’un rassemblement de trois nanas qui aiment se challenger et qui vont profiter d’une route de 9h environ pour se briefer et se raconter l’une à l’autre. Il y a des rencontres qui semblent naturelles dès les premiers instants. Marnie et Clotilde, ce sont des copines rencontrées en chemin, en quelques mois, l’amitié a eu toute l’amplitude dont elle avait besoin pour étendre ses racines et s’ancrer en terre. Bref, on a rapidement pu se dire : “Et Paf, ça a fait des Chocapic”.

Marnie, c’est ma voisine, une proximité plutôt agréable quand il s’agit de s’échanger le matériel nécessaire à 23h la veille d’un départ annoncé le vendredi matin à 5h...et de discuter des détails pratiques. C’est aussi le moment qu’elle choisit pour m’annoncer calmement que nous ne sommes pas inscrites en équipe, et qu’il me faudra courir un maximum de kilomètres pendant 24h individuellement. Le coup de la surprise passé, un regard à mon genou déchiqueté, on se dit : “qu’à cela ne tienne, on verra ce qui adviendra de cette aventure, prenons déjà le départ, le voyage est une aventure en soit et il est hors de question que j’en fasse l’impasse!”

Parties tôt, très tôt, trop tôt pour un vendredi matin, nous avons le loisir de nous relayer par contre pour la conduite. La route est fluide, le soleil nous accompagne, les objectifs sont échangés, l’excitation commence à monter et continuera son ascension une fois la voiture garée et nous trois, chargées de tous nos paquets, installées dans la télécabine la Solaise nous dirigeant vers les installations de l’organisation du Marathon des Sables où nous sont remises nos tentes qu’il nous faudra dresser à notre arrivée à 2.600m d’altitude. Le temps est toujours au beau fixe mais il fait déjà un froid de canard, c’est prédire des températures de la nuit à venir. On retrouve des habitués de l’organisation, des coureurs du Marathon des Sables édition 2026 à Cappadoce, auquel les filles ont participé : Florent, photographe attitré, auprès de qui nous implorons des photos supplémentaires pour la course de demain; Sélim, le gagnant de Cappadoce et d’une édition Crazy Loops à la Rosière qui avait lieu 2 semaines plus tôt ou encore Lauren, coureuse un jour, bénévole un autre.

Les tentes emblématiques du Marathon des Sables

Pas certaine que nous pensons beaucoup à accumuler du sommeil pour tenir les 24h du samedi matin 10h30 au dimanche 10h30...pour reprendre la route et faire un trajet qu’on espère sans heurts pendant 10h ensuite, sans connaître d’avance notre état de fin de course. Il est trop tard pour les bonnes résolutions.

Après une première nuit pendant laquelle nous subissons le froid polaire qui s'étend sur la vallée, nos tentes respectives sont déjà dans un état d’insalubrité inquiétant. Marnie et Clotilde ont sorti la couverture de survie pour s’y engouffrer et se protéger du froid, nos portions de ravitaillement sont éparpillées autour de nos sacs de couchage mais on est motivées à partir, d’autant qu’un immense soleil inonde la plaine et vivifie les couleurs des montagnes alentours. C’est sublime et nous trépignons d’impatience après un bon petit déjeuner simple mais efficace.

Il fait chaud, le départ est lancé après le speech d’introduction des organisateurs et nous démarrons calmement, j’ai des étoiles plein les yeux, le coeur léger, je me sens bien mais j’y vais prudemment avec mon genou en lambeaux. La boucle démarre par une souple descente dans les herbes de la vallée et ses morceaux de roches à tout va. On fait attention aux chevilles et à son équilibre. Dans la masse, on se perd rapidement de vue toutes les trois. Néanmoins, la montée, accessible donc pas trop raide mais looooongue, calme les ardeurs des 250 coureurs et j’ai la chance de me coller à Marnie avec laquelle nous ajustons nos souffles à l’altitude, nous validons nos sensations respectives, nous prenons nos aises et nos marques sur la boucle, l’ascension jusqu’à l’hôtel refuge Le Solaise nous forçant à ralentir.

Une fois cet embranchement passé, une descente tout en simplicité dans les cailloux, qui fait ensuite place aux chemins de randonnée assez large pour y faire passer 2 ou 3 personnes côte à côte, nous accueille, et nous discutons gaiement avec les coureurs, les dinosaures (ah oui, les gens sont aussi déguisés ici que sur un marathon), les bénévoles qui sont présents aux différents postes de contrôle où la musique et l’ambiance coulent à flot.

Je fais des câlins aux animaux déguisés, on profite de la vue à 180° composée des montagnes baignées de lumière et on rejoint une belle montée dans les prés où drapeaux à l’effigie du Marathon des Sables nous guident et nous orientent vers le bon chemin qui redevient un petit chemin de terre en single track après 80m d’ascension sur moins d’un kilomètre. Plusieurs mètres plus roulants avant de déboucher sur l’incroyable lac de l’Ouillette, niché au coeur du Val d’Ysère, plan d’eau large qui attire de nombreux visiteurs et randonneurs. On y croisera même de grands amateurs de vin à l’aube du dimanche matin, armés de leurs bérets parisiens. Tous ces gens étrangers à la course font également partie de l’aventure que nous vivons sans même en prendre conscience.

Contourner le lac prend un peu de temps, c’est l’endroit idéal pour prendre la pose pour les photos, se ressourcer agréablement au calme grâce à la réverbération des colosses montagneux dans les eaux claires qui étincellent sous le soleil chaud de cette fin de mois d’août.

Ce réconfort nous donne alors l’énergie et l’excitation nécessaires pour terminer la boucle et fouler l’herbe de la plaine surplombés par les moutons et par les chèvres qui nous regardent passer paisiblement depuis leurs promontoires ascensionnels. Quelques 2000 bêtes quand même, dont la couleur des fourrures forme un joyeux camaieu de beige et de brun étalés sur la palette de vert de la plaine.

Marnie prend encore ses marques tandis que je garde le rythme. Depuis la veille, j’ai quand même réfléchi à découper les heures, les kilomètres ou le nombre de boucles à terminer avant d’envisager une pause. Il n’y a pas de ravitaillements sur lesquels compter, qui, habituellement, donnent un rythme particulier à suivre en termes d’intensité, comme de récupération. Aussi, j’ai en tête de faire une halte tous les 25km environ, soit après 5 boucles. L’objectif étant de courir 100km. Vu l’état du genou, ce serait une belle réussite. Je repars donc sans me poser trop de questions en entame ma seconde descente dans la vallée avant de remonter vers les télécabines.

Je ne dirais pas que c’est une stratégie en tant que telle, je pense que je n’avais de toutes manières pas les jambes mais je n’ai clairement jamais envisagé de courir dans les montées ;-) Aussi, on avance sereinement, j’espère encore entendre la voix enjouée de Marnie qui revient sur moi mais je rentre un peu dans mon odysée du jour. Il fait incroyablement beau et chaud. Cette seconde boucle en solo me fait penser que je n’avais pas encore mémorisé le parcours mais que les jambes s’échauffent et tournent quand même sans trop de problème. Je compense certainement le manque d’équilibre mais si j’appréhende les lègères descentes, je trottine bien tout au long du parcours.

Je termine mes 5 premières boucles en ayant dur sur la dernière, j’ai chaud, j’aurais mieux fait de m’arrêter après 4. Ce n’est “que” 4,5km de plus mentalement à tenir mais la preuve en est : je retrouve Marnie aux tentes, qui s’alimente, installée au calme pour regarder et encourager les coureurs pendant sa pause...et je pense aller chercher mon lunch à ma tente et venir la retrouver… mais m’écroule à l’intérieur de celle-ci, sous la chaleur, je tombe de fatigue immédiatement et suis réveillée 15 minutes plus tard par Marnie qui vient déposer ses affaires avant de reprendre la course.

Je sors mes pâtes aux olives/fêta et je constate que j’ai bon appétit. Après une pause d’une heure sieste comprise, je repars pour les 5 prochaines boucles. J’ai mes sugus avec moi, des Tucs, je suis parée. Les supporters sont chauds, indubitablement les meilleurs supporters que j’ai pu croiser au cours de mes courses. Me reconnaissant de loin, j’entends Manu crier à chacun de mes passages : “Allez Florence, vas-y Florence”. Car, oui, je suis incognito sur la course, courant avec le dossard gagné par Florence. Qu’à cela ne tienne, ces cris du coeur me sont destinées et diable, ce qu’ils sont beaux. Je termine la 9ème boucle en me disant, cette fois, tu tiens bien la 10ème mais une fois encore, arrivée aux tentes, je me dis que j’ai été trop loin. Je dois avoir une moyenne relativement constante, entre 40 et 45min par boucle il me semble mais chaque dernière boucle de ce bloc de 5 me met dans un état de fatigue que je ne voyais pas venir.

Il doit être 20h quand je termine mes 50 premiers kilomètres. Ne me demandez pas de calculer mon allure, j’en serais incapable, je ne fais pas attention au temps que je mets sur une course mais je reste attentive à mes sensations. Il est temps de passer à table. J’appelle mon compagnon, on parvient à discuter un peu malgré le manque de connexion, je me ravitaille et je m’emitoufle dans mon sac de couchage car la nuit tombe et le froid se fait perçant.

Je n’ai pas revu Marnie mais j’entends Clotilde qui repart après sa pause. J’aimerais la suivre mais je suis frigorifiée. Je me change complètement et m’apprête à passer la nuit dehors. J’ai tendance à aller dormir tard, il me semble envisageable de programmer la prochaine pause vers 2h du matin pour ensuite reprendre vers 3h30/4h. Après 22h30, la boucle sera raccourcie pendant la nuit, nous évitant ainsi le passage perdu en montée au milieu des vallons. Ainsi, je me sens motivée, la boucle est toujours aussi bien pensée, elle est agrémentée du lac, d’une belle montée, de single tracks, j’avance bien mais je perds le fil du nombre de boucles parcourues.

J’espère valider les 75 km avant la prochaine pause mais je fatigue plus vite que prévu et m’arrête à nouveau un peu avant 1h. Je ne dors pas. Il fait trop froid et trop humide. Même dans le sac de couchage prêté par mon frère qui peut témoigner de plusieurs nuits à plus de 4000m d’altitude. Je ne sais pas si c’est la fatigue ou le froid mais concevoir de sortir mes mains du sac de couchage me prend environ 4h. Je parviens finalement à m’extraire du sac, à me changer une fois de plus des pieds à la tête. Il est près de 5h30 du matin quand je repars vu que j’oublie ma montre dans ma tente et dois y retourner avant de relancer mon activité. Il reste 5h de course et l’aube se lève timidement. Ces nouvelles couleurs étalent un sourire sur nos visages, et qui est-ce que je retrouve au milieu de la montée au refuge ? Marnie ! Un bonheur et un soulagement de croiser une personne ressource à laquelle pouvoir faire un câlin. On se rebooste mutuellement, on tient le bon bout. Aucune blessure, de la fatigue et un corps ankylosé mais une fierté qui, déjà, s’inscrit dans nos coeurs et dans nos esprits. Nous reprenons chacune notre rythme pour ne pas nous refroidir et, je ne le sais pas encore, mais c’est l’une des images que Florent inscrira grâce à son intervention de photographe, dans nos souvenirs. Une image qui rejoint d’ailleurs celle de mon arrivée, 5h plus tard. Marnie et Clotilde sont au rendez-vous. Elles sont en forme, je me sens attendue.

J’ai un sentiment de reconnaissance et de joie infinie de partager cet instant avec elles, qui me prennent par la main pour courir et passer ce porche d’arrivée ensemble. Le sourire aux lèvres. Je nous trouve rayonnantes et ce bilan est incroyablement satisfaisant. Clotilde finit 3ème femme, je suis 10ème. L’objectif des 100 km n’est tout juste pas atteint mais alors que je pensais devoir m’arrêter à 10h10 en passant le porche, sachant que je n’aurais pas assez de 20 minutes pour boucler la dernière boucle, c’est encore Manu, accompagnée des autres bénévoles et supporters qui m’aura portée et motivée à tenter de repartir, jusqu’au finish! J’ai donc entamé la descente, pris sur moi pour atteindre le refuge avant de redescendre presque sur mes pas, afin d’arriver juste avant le coup de sifflet final. C’est ainsi que 5 minutes avant la fin, on a le temps de savourer nos sourires et de vivre encore par procuration le bonheur de tous les finishers qui continuent à arriver. Le mari de Manu, notamment, qui signe son premier 100km. Ces deux-là fêtent leur anniversaire de mariage et la dopamine et l'ocytocine liées au sport leur font certainement graver cet évènement avec d’autant plus de force dans leur coeur. Il est en tout cas, gravé dans le mien. Une superbe expérience encore, dans un cadre grandiose avec une belle fierté au vu des conditions dans lesquelles je prenais le départ.

Comme quoi, parfois, on se fait confiance à travers la confiance que les autres portent en nous.

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