Terras do Ansião Ultra Trail (TAUT) - 107km - 3900D+

Écrit par Olivier Vandentempel

L’envie de participer à un Trail au Portugal (continental) me taraudait l’esprit déjà depuis un certain temps. Pour éviter les grosses chaleurs, il fallait renoncer les mois d’avril à septembre. C’est tout naturellement que la fin de l’hiver, début du printemps s’imposa. Petite recherche et hop me voilà inscrit sur le TAUT. Cela coïncide avec une course du challenge du RCB, donc difficile et délicat de proposer ce Trail aux Crabes. Dominique est le seul à partager le séjour avec moi. Je ne fais pas de préparation spécifique, je fais même plutôt des « bêtises » comme le tour de Bruxelles par la promenade verte. Cela me vaut le réveil de mon cher et rigide Achille. Je dois composer avec cet « amis » chronique. La prépa est aussi entachée par de semaines de travail bien ardues et une grosse crève que j’arrive tout juste à me débarrasser avant la course. 2 jours avant le départ, douleur au dos… cette accumulation de petits soucis ne me rassurent pas avant un ultra, d’autant plus que j’ai accusé quelques DNF lors de mes précédents ultras.

Départ du séjour, le mercredi et retour le mardi. J’ai toujours l’impression que les jours d’attente avant un ultra sont étranges : bouger mais pas trop, se reposer beaucoup, essayer de ne pas stresser, manger bcp pas trop lourd, pas trop ceci, pas trop cela… se faire plaisir quand-même par des petits repas et balades.

Au départ du trail le samedi 19:30, Dominique et moi estimons à une centaine de coureurs sur cette 1ère édition du 103 km qui fête les 15 ans du Trail (les autres distances). Le parcours décrit une forme de 8, dont la première partie est la plus facile. Nous sommes heureux de prendre enfin ce départ. La nuit est douce, mais humide par la présence de brume. Dominique et moi démarrons avec plus ou moins le même rythme mais on se perd l’un l’autre dans cette nuit. Je me sens assez bien. Il fait calme et les km avancent vite (trop vite).

Environ au km35, je rentre déjà dans le dur et on est en pleine nuit. Les coureurs semblent assez espacés, en tous cas je me sens assez seul ce qui demande plus de concentration et je mords sur ma chique pour rester alerte (ou aware comme dirait JCVD). Les ravitaillements sont normalement espacés et 2 bases de vie agrémentent le parcours. La première est au km56. Mon moral n’est pas très bon. Je décide de prendre le temps dans cette base car la barrière horaire est loin derrière moi. J’en profite pour me faire une bonne pause technique, je demande un massage des jambes, je me change, nettoie et nok mes pieds. Mais où est Dominique ? Il avait l’air en forme, je me dis qu’il est bien 10km devant moi… Je repars un peu reboosté mais je suis bien seul à nouveau. La deuxième base de vie n’est sur papier qu’à 18km, elle le sera 3km plus loin… ça fait bcp quand le rythme n’y est plus. Ce tronçon me semble interminable et me permet de voir le lever magique du soleil avec une mer de nuages en vallée. Ces 21km sont longs et jonchés de passage bien caillouteux (une sorte de long Hérou) et de grosses montées dont celle juste avant la base de vie où l’utilisation des mains est indispensable. Les parcours plus petits passent également à cet endroit et les coureurs me dépassent et m’encouragent en voyant la couleur de mon dossard. Cela fait plus d’une heure qu’il fait chaud (21ºC, à l’ombre évidemment). Km77 (base de vie 2), ouf. Je n’ai pas bcp de temps. Pas de massage, changement de t-shirt, chaussettes et nok, une soupe, je remplis ma flasque d’eau pétillante que j’avais laissé dans mon sac de délestage. Je repars 15-20min avant la barrière horaire. Entre-temps, 2 coureurs du 103, passent la base plus vite que moi, j’aurais bien accroché leur train mais c’est trop tard, ils sont partis. Pas grave. Théoriquement, il me reste 28km avec plus de 1000D+ et 2 ravitos. Je découpe le reste en ravitaillements et en dizaines pour que les tronçons me semblent être plus courts et pour me motiver. Il fait chaud et les zones sont souvent plus découvertes. On remonte un cours d’eau asséché avec des petits murets de 1m à gravir, c’est pénible en fin de parcours.

Avant dernier ravitos, 2 coureurs me dépassent, mais je ne sais pas s’ils sont sur le 103 ou une distance plus courte. Je me dis aussi : « pauvre Dominique, il a terminé certainement depuis 2-3h et il doit m’attendre. Je marche beaucoup depuis la base 1 (oui vous lisez bien). C’est long j’arrive à 20h de course, mais depuis la base 2, je sais que je terminerai même hors délai. Entre l’avant dernier ravito et le dernier, il y a quelques zones roulantes en dolomie et asphalte, bien pour relancer un peu mais c’est sans compter la chaleur. Les bombeiros passent de temps en temps avec leur gros pick-up pour voir si tout va bien. Un petit geste du pouce et un « obrigado » et je continue.

Ouf dernier ravito prévu km95, j’en suis à 98. Les bénévoles m’accueillent avec gentillesse et surtout comme un. bon dernier. Je ne fais pas long feu, je repars, il me reste effectivement 7km avec plus de 100D+. Sur ces 7km je dépasse 2 hommes, le premier me dit qu’il arrête (pieds explosés), je le passe. Le second gars, s’arrête pour faire une pause pipi à 4-5km de l’arrivée. Il ne terminera pas . Il commence à il y avoir plus d’asphalte… on rentre dans la petite ville d’Ansião, ville que j’avais quitté il y’a plus de 20h. Les bombeiros repassent me voir et me disent : one km! Ils m’escortent jusqu’à l’entrée du petit parc du centre sportif d’arrivée. Je suis accueilli comme un bon dernier que je suis. Les gens m’applaudissent, Dominique est là tout propre en civile, les propriétaires du gîte aussi, une Sagres vient toute seule dans les mains alors que je n’ai pas encore passé l’arche d’arrivée qui se trouve dans la salle. Je suis comblé de recevoir cette médaille. Très vite je me retrouve en guet-à-pintes à l’extérieur avec Dominique, les propriétaires et une bande de joyeux lurons du coin.

Je conclus ce petit compte-rendu par quelques petites interrogations, remarques : Pourquoi ai-je basculé si tôt dans le dur ? Pourquoi ai-je si vite ressenti ce : « qu’est ce que je fous là ? Suis-je encore à ma place dans le petit monde de l’ultra ? N’ai-je pas fait mon temps dans les ultras ? Comment se fait-il que je termine ce 107km en étant déjà dans le dur au 35eme ? Ce sont aussi toutes ces questions qui font que l’ultra est si particulier.

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